Le 17 mars 2026, j'ai organisé un webinaire avec plus de 90 soignants présents autour d'une question simple : où en êtes-vous sur l’Intelligence Artificielle ?
Je travaille sur l'IA médicale depuis 2016 où j'ai fondé Galeon en partant d'un constat : la donnée médicale était mal structurée, inexploitable pour entraîner des algorithmes dans les hôpitaux. Galeon a développé un dossier patient partagé qui est aujourd'hui déployé dans 19 hôpitaux, avec 3 millions de dossiers patients et plus de 10 000 soignants actifs. Ce terrain me donne une vision directe du fossé entre le discours ambiant sur l'IA et ce que vivent les soignants chaque jour.
L'usage dominant est administratif, pas médical. L'écoute ambiante, très médiatisée dans les cercles tech, est à zéro dans la pratique réelle. À l'échelle mondiale, 94 % de la population n'a jamais utilisé d'IA générative. On vit dans une chambre d'écho et nos patients, eux, arrivent de plus en plus en consultation avec des diagnostics fournis par ChatGPT.
La peur de l'erreur écrase tout le reste. Ce résultat devrait être gravé dans la tête de tous ceux qui conçoivent des outils IA en santé. Un outil qui fait gagner du temps mais qui hallucine des posologies n'est pas une solution, c'est un risque supplémentaire. Le CNOM (Atlas 2024) et la HAS (référentiel QVT, 2022) confirment que la charge administrative et la pression de la traçabilité figurent parmi les premiers facteurs de burnout médical en France.
61 % de nos participants dépassent une heure par jour. La DREES (2023) estime qu'un médecin généraliste français consacre entre 20 et 25 % de son temps à des tâches non cliniques. L'IGAS (2023) pointe la multiplication des obligations de traçabilité comme cause principale de dégradation des conditions d'exercice à l'hôpital public.
Open Evidence reste la référence internationale : 735 millions de dollars levés, partenariats NEJM et JAMA, sources systématiquement citées, plus de 100 millions de requêtes par mois aux États-Unis. Gemini est utile pour accéder rapidement à des sources primaires françaises et internationales vérifiables. MedGPT (Synapse Medicine) est pertinent pour les pathologies courantes sur corpus français, mais limité sur les pathologies rares.
Sur ChatGPT Health, je serai direct : les évaluations indépendantes ont montré des erreurs d'orientation dans près de la moitié des cas de patients graves testés. Ces sociétés communiquent sur des taux de réussite à l'examen de médecine, en oubliant de préciser qu'elles ont souvent entraîné l'outil sur cet examen. Mon conseil : toujours utiliser plusieurs outils en parallèle, croiser les réponses, exiger les sources.
Les hallucinations sont structurelles, pas des bugs. Un LLM génère ce qui est statistiquement cohérent, pas ce qui est vrai. Dans un compte rendu d'écoute ambiante, il peut inventer un poids pour un patient anorexique dont on n'a jamais parlé, rédigé dans un style clinique impeccable. La HAS alerte sur ce risque dans son guide sur les systèmes d'aide à la décision clinique (2024).
Une étude du MIT (2024) a mesuré jusqu'à 40 % d'activité cérébrale en moins chez les utilisateurs de ChatGPT, dans les zones liées au raisonnement et à la mémoire de travail, avec un déficit persistant un mois après l'arrêt. Appliqué au raisonnement clinique, ce résultat mérite une attention sérieuse. Ces outils sont puissants, mais il faut garder son esprit critique. La responsabilité reste celle du médecin, quoi qu'en disent les éditeurs (Conseil d'État, 2022).
Les soignants utilisent l'IA, mais principalement pour l'administratif. Leur première source de stress reste la peur de l'erreur, ce qui rend la fiabilité des outils non négociable. Et le temps perdu en tâches non médicales représente entre une et trois heures par jour pour la majorité d'entre eux. Ce que je construis avec Galeon depuis 2016, c'est exactement ça : une infrastructure qui structure la donnée à la source, protège le secret médical par architecture décentralisée, et déploie des outils validés dans 19 hôpitaux. L'IA médicale utile n'est pas celle qui remplace le médecin. C'est celle qui lui rend le temps du soin.




